sur cette page 7 HISTOIRES INSPIRANTES ET INSPIREES CREEES PAR LAURENCE SIMENOT
Pour les enfants intérieurs en chacun d'entre nous!
Ecrites et créées par Laurence SIMENOT
à l'issue de ma formation en Hypnose Ericksonienne.
15 - DERRIERE LE CIEL !
Histoire créée par Laurence Simenot
C'est une plage de sable fin, entourée devant par la mer d'un bleu ciel transparent et derrière d'une rangée d'arbres hauts, hauts, si hauts qu'ils me paraissent toucher le ciel de leur feuillage.
Un oiseau vole là, dans le ciel. Immense. De grandes ailes déployées. Larges, spacieuses. Il plane sur l'air. Sans forcer, il se laisse glisser. Aérien. Immobile. Majestueux. Blanc comme la neige, c'est une tâche de couleur dans le ciel bleu. Et l'oiseau rentre dans le ciel. Il rentre à l'intérieur. Il a disparu en un instant comme si une porte s'était ouverte pour lui dans cette immensité bleu-ciel.
J'ai beau regarder, chercher, je ne vois aucune porte. Et tout à coup le revoilà. L'oiseau est à nouveau là nageant dans le ciel. Je ne comprends rien. Il me regarde et voit ma stupeur. Il se dirige vers moi, plane et referme à peine ses ailes quand ses pattes atterrissent sur le sol. Il se dandine d'une patte sur l'autre pour venir jusqu'à moi maintenant. Et je l'entends distinctement me dire qu'il serait ravi de me faire visiter ce qu'il y a derrière le ciel.
Je n'en crois ni mes yeux ni mes oreilles et instinctivement je lui fais un signe de tête pour lui dire que j'accepte. Et aussitôt je me retrouve sur son dos, entre ses larges ailes déployées.
Le vent souffle sur mon visage et l'on va si vite que j'entends l'air dans mes oreilles. Je sens la chaleur de l'oiseau entre mes cuisses et je me sens en parfaite confiance, en totale sécurité.
Et l'oiseau monte dans le ciel, monte, monte encore et, tout à coup, ce n'est déjà plus le même bleu. C'est un bleu sombre, foncé, et pourtant je vois clair et l'oiseau avance toujours comme s'il savait exactement où il allait. Pourtant il n'y a aucun panneau, aucun signal permettant de se repérer dans cette étendue immense.
Bientôt je vois une lumière, un point lumineux là-bas sur la droite et l'oiseau vire très légèrement vers la droite pour trouver l'axe de cette lumière. Elle est pourtant loin, si loin, et déjà nous sommes tout proches. C'est un grand cercle lumineux. Un rond parfait. Une porte ouverte dans le ciel, dans l'univers.
Et d'un battement d'aile l'oiseau franchit cette porte et là, c'est maintenant la lumière partout. Je suis éblouie. Je ne vois plus clair. Pourtant je sens la chaleur de l'oiseau et ma confiance augmente. Alors, il descend comme pour se poser. Et il se pose. Cela ressemble à du coton, un lac de mousse ou de neige tendre, aussi blanc que l'oiseau. Et déjà, l'oiseau a disparu.
Les couleurs se sont confondues. Lieu chaud, accueillant. Je me sens intime, en pays connu, chez moi. Pas un son pourtant. Personne, et pourtant quelque chose m'est si familier que je n'arrive pas à en discerner la raison. Je sens mon cœur vibrer de bien-être et de plénitude. Sereine. Je me sens sereine, en paix dans ce monde de paix. Et là, je vois un doigt me faire signe de le suivre. J'avance vers lui laissant l'étonnement derrière moi. Et lorsque j'approche de l'endroit, je vois une fleur.
Une longue, longue tige au bout de laquelle il y a une fleur. Belle, si belle ! Les pétales sont ouverts, offerts. Son parfum m'entoure et m'imprègne. Une odeur d'une délicatesse, d'une subtilité rare. Deux feuilles partent de la tige et ressemblent à des bras gracieux.
Et la fleur, tout à coup, met ses deux feuilles contre ses pétales comme une femme qui se cache le visage en ayant été surprise dans son intimité. Elle ne m'attendait pas maintenant. Elle savait que j'allais venir mais elle ne savait pas quand. Personne ne lui a dit que j'arrivais aujourd'hui. Ils ont voulu lui faire une surprise et elle aurait eu tellement envie de se faire belle pour accueillir la personne qu'elle attendait. Et là, à compter de ce moment, j'ai senti mon cœur fondre, s'ouvrir et se figer en même temps. « J'ai trouvé ma fleur. J'ai trouvé ma fleur… !!! ». Je ne sais que me dire cela.
Et c'est comme si toutes les rivières, tous les cours d'eau, tous les fleuves avaient enfin rejoints l'océan pour se fondre dans un grand tout. Tous les efforts ont été récompensés.
Et là, on m'a dit depuis, que j'étais devenue comme un arbre avec des racines qui partent loin dans le sol ; avec un tronc solide et ferme, large et puissant ; avec des branches harmonieuses et vibrantes, robustes et le feuillage comme une toison d'or tournée vers le soleil et s'imbibant de l'énergie du soleil et de la force de la terre. Un arbre ; entre le ciel et la terre !
16 - LE ROCHER SUR LA PLAGE
Histoire créée par Laurence Simenot
Je me souviens encore de cette plage qui existe à des milliers de kilomètres de là, cette plage faite de sable fin et blanc, si fin et si blanc que l'on pourrait penser que c'est de la poudre de lumière, de la poudre d'os, de la poudre de pierre. Et en effet, il y a bien longtemps, vivait là sur cette plage une énorme pierre, un énorme rocher de couleur noir ébène qui se dressait tel un guerrier sur cette plage de sable fin. On aurait dit alors que cette pierre était le gardien de la plage.
Elle trônait là dans toute sa splendeur, dans toute sa puissance. Une force extraordinaire se dégageait de ce roc, de ce rocher noir ébène. Et les enfants qui, à l'époque, vivaient là, n'avaient de cesse de grimper sur lui. L'escalade de ce rocher était un de leur jeu favori. Et ils riaient, riaient quand ils grimpaient dessus et quand ils glissaient parce que leur pied dérapait à un endroit trop lisse pour s'arrimer solidement. Et ils recommençaient sans cesse à l'escalader, à grimper sur lui. Et lui, ce rocher noir ébène ne disait rien, il se laissait faire. Il sentait bien sur ses flancs les caresses parfois un peu brutales de ces enfants et pourtant il continuait à les accueillir sur ses flancs pour qu'ils puissent rire à gorge déployée. Parce qu'il aimait ça : les entendre rire à gorge déployée.
Il adorait sentir leurs petites jambes l'escalader et les petits doigts se glisser dans ses interstices minuscules pour qu'ils parviennent au sommet de son crâne de rocher. Et c'est ainsi que les jours s'écoulaient paisibles et joyeux. Les enfants venaient et s'amusaient et il était heureux de les voir, de les entendre, de les sentir.
Il se sentait même investi d'une mission bien étrange : celle de les laisser s'expérimenter à devenir des Hommes ingénieux et heureux. Il pensait qu'il était là pour cela : pour les aider à grandir et à s'épanouir à son contact. Et sa vie se déroulait entre des moments de solitude lorsque les enfants dormaient et allaient à l'école et les moments de jeu où ils le rejoignaient sur la plage pour partager des moments de liberté et de plaisir sans cesse renouvelés.
Et les enfants grandissaient, grandissaient de jour en jour. Ils aimaient leur rocher, leur montagne sacrée posée là sur la plage, sur leur plage. Car pour eux, c'était leur plage, leur rocher, leur montagne, leur endroit sacré et ils n'aimaient pas que d'autres puissent venir jouer sans leur autorisation autour et sur ce rocher. Ils se sentaient investis d'un rôle eux aussi : protéger leur rocher des intrus qui viendraient lui faire du mal en lui grimpant dessus sans en prendre soin.
Et les jours passaient et ils grandissaient toujours et comme la vie avançait lentement mais sûrement, les voilà qui devinrent jeunes filles et jeunes garçons.
Et ils se retrouvaient toujours autour du rocher, les uns devenant plus flemmards et se contentant de s'appuyer au rocher pour rêver à d'autres mondes, à d'autres endroits où aller s'amuser. Et d'autres pourtant, continuaient à l'escalader à la seule force de leur poignet et de leur volonté et ils devinrent si agiles que le rocher avait même du mal à sentir leur présence sur lui tant leur toucher était devenu tendre, fin et délicat.
Leur souplesse l'émerveillait et le fascinait car il avait bien vu tout leur apprentissage, les progrès qu'ils faisaient de jour en jour et le rocher sentait bien qu'un jour les enfants sentiraient que cette montagne leur paraîtrait trop petite pour leur jeu et leur apprentissage et qu'ils chercheraient une autre montagne à apprivoiser, à escalader, à gravir avec joie et brio.
Et d'autres encore se contentaient de regarder les grimpeurs grimper en les applaudissant et les encourageant pour leur prouesse d'agilité.
Et le rocher pensait juste. Il prévoyait l'avenir avec beaucoup de lucidité et de clairvoyance. Il n'était pas dupe et savait que dans très peu de temps tous les enfants devenus de jeunes adultes s'en iraient vers de nouveaux paysages, vers de nouvelles régions à explorer. Et d'un coté, il en était ravi car c'était dans l'ordre des choses de la vie, et d'un autre coté il se disait qu'il allait se retrouver tout seul et cela ne l'enchantait guère.
En effet, il commençait à devenir soucieux, inquiet, comme renfermé sur lui-même et on pouvait voir ses sentiments à sa couleur qui devenait de jour en jour plus foncée, de plus en plus noire, ébène. Et de plus on aurait même dit qu'il avait rapetissé, le rocher, comme replié sur lui-même pour protéger ce qui lui restait à protéger : ses souvenirs, sa jeunesse de rocher heureux lorsque les enfants couraient sur lui et s'agrippaient à lui de leur petites paumes pour rire aux éclats sous le soleil chaud et devant la mer plate et calme comme un lac de montagne.
Et ce que pensait le rocher arriva. Les enfants partirent car ils n'étaient plus des enfants mais étaient devenus des hommes et des femmes adultes et le rocher se sentit perdu, délaissé, abandonné, comme un amoureux éconduit et qui avait pourtant eu toutes les qualités de la séduction.
Et le rocher se tassa de plus en plus sur lui-même comme pour prendre moins de place, de moins en moins de place car il pensait que sa présence n'était plus importante, qu'il n'avait plus rien à faire pour les autres. Et il se disait souvent : « Mais je sers à quoi, je peux faire plaisir à qui ? Qui se soucie encore de moi ? Personne ne m'aime, je suis seul... ». Et il n'aimait pas penser cela.
Même le spectacle flamboyant du paysage ne lui donnait plus de joie, plus de satisfaction alors même qu'il adorait être dans ce lieu, le trouvant irrésistiblement lumineux, attractif et plein de tranquillité. Mais il ne savourait même plus sa présence dans ce lieu. Il s'ennuyait, s'ennuyait à mourir. Et il se vidait de sa substance, de sa joie de vivre et pensait qu'il ne servait plus à rien et il se sentait usé, vieilli alors qu'au fond de lui il se sentait jeune et rutilant comme ses parois qui étaient devenues si lisses qu'on pouvait même se voir dedans par endroits.
Et le rocher, en fait, se désespérait de ne plus sentir ces doigts, ces mains et ces corps d'enfants lui grimper dessus. Il se sentait triste de ne plus entendre les cris de joie et les éclats de rire tout autour de lui. Et il se sentait de plus en plus vieux, de plus en plus isolé. Et les jours passaient sans que rien ne lui redonne du baume au cœur. Ni les oiseaux qui se posaient parfois sur lui, ni la mer qui ondulait ses crêtes de vague comme une danse superbe et sensuelle ne lui redonnaient le goût et le plaisir d'être là, en vie, vivant.
Notre rocher devenait un rocher dépressif. Et sa couleur se ternit. Ses faces se recouvrirent d'une forme de lichen inconnue de ces régions. En fait, il se rongeait de l'intérieur et la mousse qui se révélait à sa surface était le reflet de son état intérieur. Il se recouvrait de part en part de cette mousse étrange et verte.
Et les jours passant, c'est comme si le rocher avait autour de lui une carapace de mousse qui empêchait maintenant qui que ce soit de l'approcher pour grimper dessus, l'escalader. Et la mousse commençait à l'étouffer, à l'enfermer de plus en plus en lui sans que le rocher y fasse vraiment attention. On aurait dit qu'il se fichait de tout, que plus rien n'avait d'importance. Était-ce de la sagesse ou une forme de démission ?
Toujours est-il que notre rocher était en train de se laisser mourir doucement, sans pleurer, sans appeler de l'aide car il ne savait pas qui aurait pu venir à son secours pour lui redonner le goût de vivre.
Alors il se laissa mourir comme si la vieillesse l'entourait de ce manteau de verdure de mousse verte. Et il mourut asphyxié par ce rempart tandis que le vent continuait de balayer le rocher en même temps que le soleil continuait de l'inonder de lumière, et cela n'avait pas suffit pour apaiser sa douleur.
Et un matin, il mourut d'une mort lente et douce. Il s'est laissé glissé dans la mort pendant son sommeil. Simplement en dormant. Et la vie ayant simplement quitté la matière noire ébène, le rocher commença à se recroqueviller et à devenir blanc, de plus en plus blanc et un jour, plus tard, on retrouva sur la plage un petit tas de poudre blanche qui était posée là sur le sable blanc, comme s'il se confondait avec tous les autres rochers qui avaient existé ici avant lui et qui étaient morts de leur belle mort de rocher.
Et c'est ainsi que sur cette plage, on peut voir le sable fin, si fin, et doux, si doux au toucher que l'on peut se rappeler qu'un jour il y avait là un rocher noir comme l'ébène sur lesquels jouaient des enfants et qui riaient, riaient à gorge déployée. Et d'ailleurs, on peut entendre aujourd'hui les oiseaux dans le ciel tournoyer et chanter en poussant comme des petits cris d'enfants heureux de vivre et d'exister.
17 - LE LIVRE DANS LA GROTTE
Histoire créée par Laurence Simenot
J'avance vers la grotte, perchée là-haut dans la paroi de la montagne. Cette grotte que je vois de loin et qui est comme illuminée par le soleil qui viendrait de l'intérieur.
C'est comme si quelqu'un habitait là et avait laissé la lumière allumée depuis très longtemps pour être vue de loin. Et je me demande si quelqu'un a déjà eu l'idée avant moi d'aller voir à l'intérieur de cette grotte qui habite là, depuis combien de temps, et pourquoi ?
Alors je décide d'aller voir de plus près ce qu'il en est et je me dirige d'un bon pas, ferme et décidé, vers la paroi de la montagne.
Arrivée au pied de la montagne, tandis que je lève la tête pour situer l'entrée de la grotte, je vois tournoyer dans le ciel bleu et dégagé là, au-dessus de ma tête, un aigle majestueux qui tourne en faisant des cercles larges et d'une douceur extrême. C'est comme s'il était le gardien de la grotte. Il veille sur le maître de ces lieux et en défend l'accès aux étrangers susceptibles de blesser et de faire du mal ou du tort à l'habitant de ces lieux.
Mais visiblement, il me regarde de là-haut sans intention de venir me déloger de l'endroit où je suis. Je me dis donc que je suis la bienvenue et, encouragée par ma propre voix, je me dirige vers un sentier qui est là sur la droite et qui monte en pente douce vers l'entrée de la grotte.
Pas âme qui vive à la ronde. Pas de bruit. Un silence plutôt doux et amical, comme un instant suspendu qui attend de voir ce qui va se passer par la suite. Et seuls mes pas résonnent sur ce chemin caillouteux bordé de fougères. Et j'avance. Je grimpe assez facilement d'ailleurs à ma grande surprise car je croyais que la montée serait beaucoup plus fatigante. Et m'apercevant que je m'étais trompée sur ce point, je sens l'air qui m'entoure d'un manteau doux et tiède à la fois. Et j'avance. Et me voilà maintenant à l'entrée de la grotte.
Elle est bien illuminée de l'intérieur comme je le voyais de là-bas, en bas, tout à l'heure. Et c'est comme si cette lumière était un rideau qui voilait l'entrée pour empêcher les regards indiscrets de pénétrer à l'intérieur sans y avoir été invités.
Mais l'aigle tournoie toujours là-haut dans le ciel et il émet maintenant un petit sifflement que je sens amical. J'ai la sensation profonde que ce sifflement est une invitation à rentrer à l'intérieur de la grotte.
Et prenant une respiration ample et profonde, ne sachant pas ce que je vais découvrir à l'intérieur de la grotte, je me gorge de courage et de curiosité bienveillante. En me disant cela et en le sentant dans mon corps, le rideau de lumière se dissipe et je peux enfin voir l'intérieur de la grotte.
Et là, quelle n'est pas ma surprise en regardant là devant moi : une grotte pleine de stalactites et de stalagmites, qui montent qui descendent. Ils paraissent être en glace. Une lumière émane d'eux et les fait briller de mille feux comme des joyaux de couleurs plus beaux les uns que les autres.
La grotte ruisselle de lumière. L'air est pur, frais et doux. Et le sol est couvert d'une sorte de pierre lisse et blanche sur lequel je sais que le pied doit se poser avec souplesse et aisance. Un petit cours d'eau serpente là à certains endroits. Une eau limpide et claire comme du cristal de roche. L'odeur que je respire est une odeur de pin et de lavande fraîche. Et tout en respirant profondément pour m'imbiber de cette atmosphère de fraîcheur et de limpidité, j'avance dans ce lieu d'un pas lent et mesuré, tous mes sens en éveil et tournés vers l'extérieur pour assouvir ma curiosité intérieure. Et là, au fond de la grotte, derrière un pilier de stalagmite, chose étrange, je vois un bureau.
Oui, un bureau. C'est une pièce avec un tapis sur le sol. Un bureau rectangulaire avec une lampe de chevet à vaste abat-jour, posée dessus. Des papiers sont bien rangés sur le bureau et un livre est ouvert là à une page. Un grand livre relié.
Et tandis que je m'avance dans ce nouveau lieu où l'atmosphère dégage une sérénité et une sécurité, je me sens emplie d'un sentiment de bien-être immédiat.
Autour du bureau, accrochées au mur, des bougies allumées diffusent une lumière douce et fragile. Pas un souffle d'air. Pas un bruit. Le silence. Simplement le silence, accueillant et bienveillant. C'est comme si ce lieu m'attendait pour y amener le bruit, les mots, les sons.
J'avance et je vais m'asseoir sur la chaise face au bureau. Une chaise confortable sur laquelle je m'appuie de tout mon poids, et je regarde autour de moi en sentant qu'il y a longtemps que je connais ce lieu mais que je l'avais oublié. Ne me demandez pas pourquoi, car je ne le sais pas moi-même consciemment.
Et pourtant, oui, je connais ce lieu, toute mon âme et mon cœur me le signifient à leur manière, et tout en respirant profondément, je touche le bureau pour découvrir une texture d'une douceur infinie. Un bois comme j'en ai rêvé : tendre, léger et pourtant compact, une couleur pourpre et ambrée, une odeur d'une délicatesse surprenante à mes narines qui s'ouvrent pour aspirer cette odeur qui me rappelle une odeur de vie très, très ancienne.
Et je regarde maintenant le livre, ce grand livre relié, posé là devant moi, sans toutefois avoir l'envie de le toucher. « Pas encore ! Pas encore ! », me dis-je en moi-même.
Je prends vraiment le temps de savourer ce moment, comme un moment intense de retrouvailles avec un passé oublié et qui resurgirait d'une façon douce et inattendue. Et je décide enfin de m'avancer au-dessus du livre car je vois bien qu'il y a une phrase écrite en gros caractères sur les deux pages mais c'est comme si je n'osais pas encore déchiffrer ce message, qui je le sais, est là pour moi, pour me rappeler, pour me dire ce qu'il est important que je sache et que je me rappelle à ce moment de ma vie, de mon histoire.
Et l'envie est trop forte. Je décide d'accommoder ma vision pour enfin lire et déchiffrer ces lettres.
Et je regarde. Et je vois. Enfin ! Il est écrit : « Rappelle-toi que tu es vivante, que ce jour est ton jour et que tu en fais ce que tu veux. Rappelle-toi que ton corps est à toi et que tu en fais ce que tu en veux chaque jour. Prends soin de ce capital et fais-le fructifier pour en offrir les fruits à tous ceux qui t'entourent ».
Je n'en crois pas mes yeux. Je n'ose pas imprimer ces phrases et leur sens dans mon esprit. C'est comme si je venais de prendre conscience d'une réponse à une question que je m'étais posée je ne sais même plus précisément quand. Et voilà que la réponse m'apparaît là.
Je sens le doute et la peur monter en moi : « non, je ne suis pas prête, non je ne peux pas y croire, non je ne suis pas à la hauteur, je suis encore si petite, j'ai encore tant besoin d'aide... »
Et tandis que toutes ces pensées courent dans mon esprit, j'entends un son différent parvenir à mes oreilles et qui vient de derrière moi. Je suis surprise dans mes pensées et le flux des pensées s'arrête immédiatement intrigué par ce son.
Je me retourne d'un bond. J'ai eu peur. Et je me retrouve face à face avec un petit personnage, qui ressemble à un lutin ou peut-être un nain, ou peut-être un gnome. Impossible de le qualifier précisément. Il est là, me regardant avec un sourire qui fend ses lèvres jusqu'aux oreilles. Il porte sur la tête un petit chapeau qui ressemble à celui d'un stroumpf et il penche la tête sur le coté en signe de bienvenue. Il ne parle pas et pourtant je sens que je le comprends. C'est comme s'il communiquait avec moi télépathiquement. Et c'est bien comme cela qu'il me parle, directement dans mon cœur et dans mon esprit, et je l'entends me dire :
« Cet espace est le lieu où je vis. Je t'attendais. Je vis là depuis longtemps. Depuis ce jour où tu as pensé très fort qu'il était important d'avoir un lieu à soi dans lequel se ressourcer, se retrouver pour être soi-même et grandir dans la paix du cœur et de l'esprit. Je suis aussi celui que tu as vu sous la forme de l'aigle. Ici et ailleurs, maintenant et hier et demain. Ce livre que tu vois là devant toi est un livre qui détient des sagesses ancestrales que j'ai depuis longtemps concocté dans l'espoir de ta venue pour qu'enfin tu en prennes connaissance et que tu te laisses porter par ces textes chargés d'énergie de vie et d'espoir. »
« Aujourd'hui c'est ton tour, ton tour d'écrire ce livre. Tu vois, il reste beaucoup de pages blanches et c'est à toi, oui à toi, de t'asseoir là devant ce bureau et de laisser glisser tes doigts sur le papier. Tu n'as même pas besoin de stylo, seule ta pensée te sert d'encre invisible qui se révèle quand tu poses tes doigts sur le papier. Il te suffit d'oser. D'oser t'asseoir. D'oser te dire : « je vais écrire, je vais dire ». D'oser laisser ta pensée vagabonder. D'oser relâcher tout ton corps et les tensions, et de respirer profondément. Et d'oser regarder le papier en écoutant la voix qui se manifeste dans ta tête et simplement laisser tes doigts parcourir la page blanche et tu verras que celle-ci se couvrira de sagesse et de merveilles qui vont t'étonner toi-même. »
« Oui, oser, oser, cela, simplement cela. Et tu verras que même ceux qui un jour liront ces lignes te remercieront de t'être assise là, d'avoir respirer profondément et d'avoir laissé tes doigts courir sur ce papier car c'est à leur cœur que les mots que tu écriras parleront. »
« Il te remercieront et te béniront car ce qu'ils recevront dans leur cœur les éclairera d'une nouvelle compréhension d'eux-mêmes, des autres et de la vie ».
Je dus blanchir car le petit homme me rassura d'une voix douce:
« N'aie pas peur, sois sans crainte, tout est déjà accompli, plus rien à prouver, plus rien à chercher, tout est là, déjà là en toi, il te suffit de te laisser ouverte dans ton cœur et de savourer en prenant plaisir à être là à ce moment même. Essaie, tu verras. Je suis là et je t'assure que tu n'as rien à craindre dans ce lieu. Ici, c'est comme un temple, un lieu sacré. Nul ne peut venir sans y avoir été invité et l'aigle veille sur ce lieu et sur nous pour que justement tu puisses t'essayer à autre chose que ce que tu as l'habitude de faire et d'être.
Laisse-toi aller là, avec moi, près de toi. Viens, assieds-toi mieux, encore mieux. Souris, allez souris, souris-moi, tu vois bien que je ne te veux pas de mal ! Je suis avec toi, tu as confiance en moi ? »
Et dans un sursaut, je lui dis : « oui, oui, oui, bien sûr ».
« Alors, appuie tes mains sur la table, sur ce bureau et respire profondément. Respire encore et encore. Voila c'est ça! ».
Et en entendant sa voix douce et ses encouragements je me suis détendue dans mon ventre, dans mon dos, dans mes mâchoires et je me suis laissée faire. J'ai accepté. En une fraction de seconde j'ai accepté d'être là dans ce lieu avec lui et de sentir mon corps et d'être heureuse d'être là et j'ai senti quelque chose de particulier dans mes mains, dans mon dos, dans mes jambes : une onde de douceur me parcourait comme si un courant d'énergie ranimait la vie en moi, et j'ai pris conscience en même temps que j'ai regardé la page blanche et j'ai lâché les pensées.
Et voilà qu'une image de bateau m'est apparue dans ma tête, sur mon écran intérieur. Un peu surprise tout de même, j'ai accueilli cette image de bateau et je le voyais voguer là sur une mer d'huile. Et mes mains ont écrit comme pour accompagner cette image :
« Bienvenue à toi, grand navigateur solitaire. Tu as déjà parcouru des milliers de kilomètres et vu des richesses aux quatre coins du monde. Capitaine, je te félicite de tes achats car toute ta cargaison est destinée à ce peuple que tu vas rencontrer sur cette île vers laquelle se dirige ton navire. Et tu vas leur apporter le rire, le sourire, la joie, l'étoffe de l'amour, le soleil de la tendresse, la laine de l'intimité et le velours de l'espérance. Gloire à ta perspicacité, à ton courage d'avoir parcouru tant de mers et de contrées pour donner aux hommes de bonne volonté tout ce qu'ils attendent dans leurs cœurs et dans leurs yeux. »
Juste à la dernière lettre que je vois se manifester sur le papier mes yeux sont éberlués, ma mâchoire inférieure comme « tombée ». Je suis estomaquée. Et devant mon air éberlué, le petit homme éclate d'un rire gai, léger, cristallin et si joyeux qu'en le regardant, je ne peux empêcher moi aussi de sourire et de hocher la tête et de rire de bon cœur aussi, comme si j'avais été le jouet d'une vraie farce.
Et tout en riant, le petit homme me raccompagne déjà à la porte de la grotte en me disant qu'il est temps pour aujourd'hui de rentrer chez moi, là où je pourrais intégrer tout ce que j'ai vu et entendu. Et il me précisa gentiment que je pourrai revenir autant que je le voudrai dès que je le voudrai.
Je me suis sentie emplie d'un sentiment de joie et de plénitude telle que je fus heureuse qu'il me raccompagne ainsi car c'est vrai que j'avais été remplie de l'intérieur et nourrit sans même m'en être rendue compte. Et en un instant je crois que c'est l'aigle qui me servit de monture pour me ramener chez moi car en fait, en une fraction de seconde, toutes ces images de ce lieu furent un souvenir et je me retrouvais dans ma chambre, dans mon lit et souriant d'un sourire tendre et amical en me disant que je venais de vivre une aventure riche et féconde pleine de promesses dont je n'étais même pas encore vraiment consciente.
Mais à cet instant je savais et je sais encore que je retournerai dans ce lieu, demain à la même heure pour apprendre encore et comprendre autrement ce que je connais déjà et m'enrichir de tout ce qui est important pour moi pour aider les hommes à être heureux et à retrouver la joie dans le cœur et le rire dans les yeux.
18 - LE CURE DU VILLAGE
Histoire créée par Laurence Simenot
Je me rappelle l'histoire de ce curé de campagne. Il marche dans la campagne. C'est l'automne. Les couleurs de la végétation passent par toute la gamme des marrons, jaunes, orangé, noir, brun et toutes les autres couleurs que je ne connais pas très bien pour les dépeindre avec des mots précis.
Et le curé avance sur le chemin, là, un chemin qui serpente au cœur des arbres qui paraissent être centenaires. Il marche seul. En silence. Pourtant tous ses sens sont en éveil. Il regarde autour de lui. Il a le nez qui pointe en l'air comme pour respirer à pleins poumons cet air pur et frais d'automne. Il écoute le bruissement des feuilles dans les arbres qui bougent au gré du vent. Et il marche en sentant son corps avancer avec calme et puissance sur cette terre douce et fertile.
Il a l'air aussi de masser délicatement la terre de ses pas doux et réguliers. Oui, il masse la terre et c'est comme s'il lui parlait dans son cœur, dans sa tête. Il dit à la terre : « Je te masse et te remercie d'être là, toujours là sous mes pieds, où que je sois tu es toujours là. Tu me portes comme une mère porte son enfant et je t'aime pour ton accueil et l'abondance de ton amour. »
Oui, il se dit tout cela tout en avançant doucement sur ce chemin. Ce curé prie la terre, le ciel, le vent, l'air, le soleil. Il remercie chaque arbre, chaque buisson qu'il croise car chacun lui apporte le regard de la vie et il découvre l'inénarrable beauté de la vie avec toutes ces différentes formes de vie.
Le curé marche, éblouit dans son cœur de tant de beauté déclarée là sous ses yeux, sous son nez, sous ses pieds, dans ses oreilles. Et fatigué de marcher, il s'assoit sur un rondin de bois, sur le côté du chemin et ses doigts frôlent la terre. Il ramasse un caillou, un petit caillou plat et gris, lisse comme un galet et doux comme une peau d'enfant.
Il parait triste, seul, isolé, tout seul, si seul. Son silence intérieur est vaste. Il est en contact avec lui-même et avec ce qui l'entoure. Le curé semble n'avoir besoin de personne tant il est présent à lui-même et à ce qui l'entoure. Sa vie intérieure est riche. Riche de pensées d'amour et de bonté.
Ce curé aime la vie et il la transpire par tout son être. Bien sûr, il ne saute pas de joie, oui il ne chante pas à tue tète, non, pas maintenant. Oui, il ne danse pas sur ce chemin, oui il ne parle pas à quelqu'un de particulier, non il ne regarde pas un feuilleton à la télé.
Il est là, simplement là, sur ce chemin, assis sur ce rondin de bois, silencieux, en contact avec lui-même et la nature là autour de lui et il respire calmement et tranquillement. Il est là, heureux d'être simplement là, sans pensée pour avant, pour après. Il est simplement là, ouvert, présent.
Les gens qui le connaissent se disent que cet homme n'est pas un homme comme les autres et c'est pour cela qu'il est le curé de ce village. Mais en fait, ce curé est d'abord un homme, simplement un homme, qui respire, qui vit, qui marche, qui mange, qui boit, qui fume, qui écoute et regarde, qui avance pas à pas sur le chemin de la vie, avec sa patience, sa tendresse et son écoute pour bagages.
Il parait tellement calme et paisible, concentré et attentif que les gens du village qui le croisent le salue bien bas comme un homme très respecté, très sage à qui l'on porte une grande considération. Sa façon d'être est enviée dans le village : son calme, son silence intérieur, sa manière de ne jamais dire du mal de quelqu'un, sa douceur quand il parle, ses gestes élégants et fins qui accompagne ses mots. Oui il est envié pour ces qualités.
Le curé voit bien cette ambiance de commisération et de respect un peu frileux quand il croise des personnes du village mais ce qu'il ignore c'est que, à la sortie du village, vit depuis peu un homme qui a de lui une toute autre opinion : un homme d'un âge proche de la maturité. Un homme qui a dû partir de son village natal pour trouver ce qu'il cherchait : la paix de l'esprit, le silence intérieur. Mais à l'époque, il n'y arrivait pas et il se mettait en colère contre chacun des habitants. Il criait, vociférait, se plaignait d'un tel et d'un tel. Il trépignait, et en fin de compte il s'est mis tous les gens à dos et un jour, du coup, il a décidé de partir.
Bien sûr, il ne s'est pas dit que c'était son attitude qui était à l'origine de son isolement parce que, évidemment, les personnes ne voulaient plus le voir ni lui parler. Non, jamais il ne s'est dit que c'était peut-être sa façon de penser et de parler aux gens qui les faisait fuir. Alors, en colère, il est parti et c'est pour cela qu'il habite maintenant dans ce nouveau village dont le curé est le représentant du silence intérieur et de la paix de l'âme.
Mais notre homme, qui en fait s'appelle Joël, n'aime pas le curé, il en est jaloux, il aimerait tellement lui ressembler dans cette façon qu'il a de vivre chaque instant comme si c'était le premier, cette manière aussi de rencontrer les gens comme si c'était la première fois qu'il les voyait.
Et intérieurement, Joël a déclaré la guerre au curé, à sa manière bien sûr, mais la guerre tout de même. Ce qui fait qu'à chaque fois que Joël croise le curé, Joël le regarde méchamment, avec une lueur glacée dans les yeux, un pli amer aux coins des lèvres, un air de mépris dans les yeux et c'est avec des mots chargés d'animosité qu'il lance parfois un « salut » tout en passant son chemin et en se disant que « décidément non, ce curé ne méritait vraiment pas tant de considération, d'égard et d'amitié de la part des gens du village ». Il le traitait même de sauvage à vivre seul ainsi.
Pourtant Joël ne rêvait qu'à cela : rêver, méditer, profiter de chaque seconde, aimer les autres en s'aimant soi-même, profiter de la nature pour savourer tous ces bienfaits et s'inspirer du spectacle de la vie pour trouver les mots jutes qui parlent au cœur et à l'âme.
Simplement, il ne savait pas faire cela, et au lieu de chercher à apprendre à faire tout cela, il passait son temps à maugréer et à pester contre celui qui savait faire tout ce dont il rêvait. Jamais encore il n'avait pensé que le curé pourrait lui apprendre, comme un maître ou un guide, à découvrir la beauté de la vie.
Tout préoccupé par ses pensées "ronchonnantes", Joël n'avait jamais pris encore le temps de se demander comment il pourrait faire autrement.
Or un jour, Joël marchait dans la forêt et il se prit le pied malencontreusement dans un piège que des braconniers avaient posé là pour prendre de petits animaux. Joël resta les fesses par terre, seul, le pied pris dans ce piège et il grondait, pestait, criait. Mais personne ne venait. Et le temps a passé ; les minutes, les heures et c'est presque un jour entier qui passa avant que quelqu'un ne passa sur ce chemin.
Joël, bien sûr, entendit du bruit, un bruit de pas d'homme. Et fatigué qu'il était d'avoir tant crié, c'est avec une voix plus calme qu'il appela : « Eh, eh, je suis là, au secours, j'ai besoin d'aide, je suis là, sur le chemin, je suis pris dans un piège, au secours, aidez-moi, par ici, par ici. »
Et c'est ainsi que le promeneur entendit la demande douloureuse de Joël et qu'il se rapprocha de l'endroit d'où venait les appels.
Ce promeneur, vous vous en doutez, n'était autre que le curé du village et quand Joël enfin le vit s'approcher, il fut pris dans son cœur d'une forme de malaise étrange : « non, je ne veux pas de lui, je ne veux pas qu'il m'aide mais... mais... mais ... j'ai mal je veux de l'aide, je veux être délivré. »
Joël se tenait ces propos à l'intérieur de lui tandis que le curé s'approchait d'un pas plus rapide, le voyant en fâcheuse posture et voulant le libérer de cette prison créée par les braconniers.
Et d'un coup, Joël eut comme un déclic en voyant le curé arriver: « cet homme peut me délivrer, peut me sortir de ce piège, j'ai besoin de lui, après tout c'est un homme ». Et Joël a senti dans son cœur qu'en fait le curé n'allait rien lui demander en échange de sa libération et il se détendit d'un coup et sur son visage apparut même un sourire, un réel sourire envers cet homme qui s'approchait. C'est comme s'il lâchait les doutes, les craintes, les appréhensions qui avaient été là de tout temps.
En fait, Joël était rongé par la crainte de ne pas être aimé, de ne pas être à la hauteur, et toute sa vie il avait fallu qu'il prouve à lui, aux autres qu'il était capable de faire, d'agir, de penser, de dire et c'est une colère qu'il avait retourné contre lui-même et contre tout ceux qui lui parlait d'amour et de beauté.
Mais là, à cet instant, Joël fut reconnaissant à ce curé d'être là, et il se dit qu'après tout il pourrait peut-être voir le curé autrement cette fois-ci : plutôt comme un ami que comme un ennemi. Et c'est ce qu'il fit!
Son cœur se transforma en un flot de paroles aimables et douces, et ses attitudes envers le curé furent tout ce qu'il y a de plus agréable et sympathique. Et le curé, lui, de son côté, avait toujours le même regard : doux et généreux ; les mêmes gestes : affectueux et tendres ; les même mots : simples et aidants. Et Joël comprit dans son âme qu'il s'était trompé, qu'il avait vu le curé comme un autre homme qu'il n'était pas. Il ne prenait plus à cet instant les paroles du curé contre lui mais comme une aide et comme un soutien à ce qu'il était en train de vivre. Et le curé voyait bien qu'il se passait quelque chose d'important et d'intense pour Joël mais n'en dit rien et le soutint sous les bras quand Joël se leva pour marcher et regagner le chemin de sa maison.
Joël se laissait faire, heureux et reconnaissant d'être aidé par cet homme simple qui n'en disait pas plus qu'il n'en fallait. Et en fait, pour Joël, ce chemin du retour vers sa maison fut pour lui comme un voyage initiatique près d'un maître qui enseignait à son disciple par le silence et la présence. Et c'est ainsi que Joël arriva à sa maison, soutenu par le curé qu'il n'aimait pas auparavant et qui, là, était devenu pour lui comme un professeur de vie et de sagesse. Et depuis ce jour, Joël rencontre tous les jours le curé dans la forêt. C'est un moment que chacun accorde à l'autre pour se sentir encore plus vivant.
Et c'est ainsi que le temps a passé, les années aussi. Le curé est mort depuis un long moment maintenant et c'est comme s'il avait transmis toutes ces connaissances et sa beauté d'âme et de cœur à son disciple et ami Joël. Et depuis déjà deux mois maintenant, Joël est devenu à son tour le nouveau curé de ce village.
Bien sûr, les villageois n'en ont pas cru leurs yeux tout au long de ces années de voir tous ces changements et pourtant le miracle du changement a eu lieu et tous, sans exception aujourd'hui, aiment être en sa présence, venir le voir et lui poser des questions, lui demander de l'aide, de l'écoute. Et c'est maintenant Joël qui fait de longues promenades dans la forêt, en solitaire, profitant du moment présent, de chaque seconde, le nez au vent, massant la terre de ses pieds, écoutant le bruissement des feuillages dans les arbres et regardant la végétation luxuriante qui parle de la vie, de l'abondance et de bien d'autres choses encore...
19 - L'OURS ET LA VIEILLE FEMME
Histoire créée par Laurence Simenot
C'est l'histoire d'un ours qui vivait dans une forêt. C'était un ours brun, immense, qui, quand il se levait sur ses pattes arrières ou s'asseyait sur son postérieur, atteignait des hauteurs inimaginables. On pouvait même le comparer à une girafe tant il pouvait atteindre les branches les plus hautes des arbres. Et quand il se levait ainsi, les oiseaux s'ébattaient et s'envolaient à tire d'ailes craignant que sa grosse patte velue ne les atteigne et ne les tue.
Pourtant cet ours avait la particularité d'être un ours tout doux comme un ourson très jeune qui s'émerveille de la vie qu'il voit tout autour de lui.
Mais qui le savait dans la forêt, qu'il était aussi doux qu'un agneau, aussi joueur qu'un ourson, aussi ouvert qu'un pinson qui chante la vie ? Personne ? Personne, croyez-vous ?
En fait, vous avez raison et en même temps vous avez déjà oublié qu'au cœur de cette forêt couleur émeraude, vit une vieille femme toute ridée, toute fripée.
Elle vit dans une cabane, là bas, au plus profond de cet univers végétal et animal, là où personne ne va plus, par peur de se perdre, de ne pas pouvoir revenir. Et cette vieille femme pourtant est elle aussi, comme l'ours, d'une gentillesse et d'une ouverture rare. Mais son apparence est trompeuse pour tous ceux qui s'arrêtent à cette carapace de surface. Et la peur en a étreint plus d'un à l'évocation de cette vieille femme, qu'ils appelaient : « vieille sorcière », « méchante », « mauvaise ».
Jamais pourtant elle n'a fait de mal à une mouche, jamais pourtant elle n'a tué, maltraité quiconque et quoi que ce soit. Mais vous savez comment sont les gens : l'interprétation, la rumeur qui naît de la peur au ventre, de la peur de la différence, de l'inconnu.
Mais revenons à notre ours, levé sur ses pattes arrière, voulant attraper un fruit, là-haut sur l'arbre. L'arbre, si proche de la maison de la vieille femme. Et cela l'ours l'ignore. Car même les animaux par le passé ont eu peur de cette cabane, de cette vieille femme, de cette atmosphère si particulière, si étrange pour eux. Mais l'ours, lui, à cet instant ignore tout de ce qui a été dit sur ce lieu, sur cette femme, sur l'ambiance. Il est sans crainte, sans attente, sans demande. Simplement, il joue. Simplement, il est là, attentif à lui, à ce qu'il fait, à ce qu'il voit, à ce qu'il entend. Rien ne l'inquiète. On pourrait même dire de lui : « Voilà un animal heureux comme on aimerait bien l'être. »
Et la vieille femme, qui en fait s'appelle « Ondine », de son côté, chante, là, tout en faisant le ménage tout autour de sa maison.
Avec le balai qu'elle tient entre ses mains avec précision, elle nettoie les feuilles les plus fragiles, les plus faibles qui sont déjà tombées comme poussées par le vent qui les a balayées, et c'est au tour maintenant de la vieille femme de continuer de balayer. Elle est le relais du vent, la main de la nature aimante et changeante.
Et Ondine balaie consciencieusement. Son oeil rivé sur les feuilles, présente et attentive à ses mains sur le balai. Elle a pourtant les oreilles complètement tournées vers l'extérieur. Elle est comme en état d'écoute vigilante.
Pour preuve : tout à coup elle s'arrête, le balai suspendu au-dessus du sol, arrêtée dans son mouvement comme une statue. Elle vient d'entendre quelque chose de nouveau, un son différent, étrange, particulier. Et elle ne s'y trompe pas tant elle connaît ce lieu et tout ce qui le compose.
Et la voilà qui maintenant lève sa tête. Ses narines se dilatent, se dilatent. On dirait un animal aux aguets, quêtant, attendant de savoir ce qui se passe avant de faire quoi que ce soit. Elle flaire. Est-ce un danger ? Autre chose ? Elle regarde maintenant aussi autour d'elle, et ses yeux scrutent le paysage alentour: l'ombre, derrière les arbres. Tous ses sens sont à présent en éveil, tournés vers l'extérieur. Et c'est à cet instant précis que tout à coup, elle sait. Elle sait intuitivement : C'est un ours. C'est l'Ours. C'est lui!
Comment le sait-elle ? Connaît-elle cet ours ? Personne ne le sait, même elle et pourtant elle sait. Tout son être connaît.
Car en fait, lorsque l'ours est né, ses parents ont disparu d'une façon étrange dont on ignore encore aujourd'hui comment cela s'est passé. Et à l'époque la vieille femme qui était encore une jeune femme l'a recueilli par un hasard miraculeux et l'a élevé comme si c'était son propre enfant, son seul enfant.
Et un jour, comme tout enfant, l'ours devenu grand est parti découvrir le monde, explorer le monde pour apprendre, grandir, expérimenter mille choses. Et c'est cet ours qui maintenant, sans le savoir lui-même encore, est revenu près de celle qui l'a élevé. Et en fait, Ondine a vibré de tout son être à ce souvenir de l'être qu'elle a aidé à grandir. Comme une mère aimante et attentive, elle l'a senti de tout son cœur, de toute son âme. Et déjà le tremblement de ses mains marque son étonnement; ses larmes dans ses yeux : son émotion.
Et la voilà maintenant qui pousse un cri. Un cri comme aucun être humain peut-être n'en a jamais poussé. Ni un cri de détresse, non. Ni un cri de guerre, non, encore moins un cri qui appelle, non. Juste un cri qui vient du plus profond de ses entrailles, comme un cri d'ours qui se réveille le matin et qui annonce la vie, la victoire de la vie sur le sommeil, la victoire de la vie sur la mort.
Et ce cri jaillissant part et monte dans les airs tandis qu'à quelques pas de là l'ours, maintenant, l'entend. Il en reste coi. Comme saisi, pétrifié. Le souvenir est là, présent. « Ondine ». Ce nom lui parcourt ses poils, ses chairs, de haut en bas et de bas en haut, et son cœur maintenant cogne fort dans sa poitrine. Il sait lui aussi, qu'elle est là, de nouveau. Là pour lui. Et il se dresse encore davantage en respirant le vent qui apporte ce son. Et il gobe le son, et marche maintenant en remontant le son qu'il avale toujours comme un fil conducteur qui le ramène vers l'amour, vers la tendresse et l'affection. Et le voilà déjà contre elle. Il ne l'a pas vu parce qu'il regardait trop haut au-dessus du sol et quand il bute contre son corps et qu'il baisse la tête, il la voit.
Il voit Ondine là, sous lui, qui a la tête levée, un sourire lui élargit les lèvres jusqu'aux oreilles. Et à son tour, il rugit comme un lion qu'il n'est pas, et il se met à se frapper le poitrail comme un singe qu'il n'est pas. Et revenant plus près du sol, il prend Ondine entre ses grosses pattes velues et l'enlace comme un homme qu'il n'est pas.
Et les voilà tous les deux enlacés, s'embrassant, se regardant, se flairant, pleurant et riant.
Ils se sont enfin retrouvés et les yeux dans les yeux, leurs cœurs en harmonie leur soufflent à tous deux en même temps : « Je t'aime, je suis si heureux, si heureuse de te revoir ».
Et c'est ainsi qu'une vieille femme et un ours qui faisaient peur à tellement de monde, se sont de nouveau rencontrés pour que leurs cœurs éclatent de la joie d'être vivants, et enfin réunis.
Leur solitude s'effaça déjà comme par magie et ils surent à cet instant que plus jamais ils ne seraient seuls quoi qu'ils fassent et où qu'ils soient.
20 - LE LABYRINTHE
Histoire créée par Laurence Simenot
Un petit garçon habite à la campagne. Dans une campagne très reculée, ce qui fait que des régions restent à explorer. Et c'est ce que fait notre petit garçon, il explore. Il pense qu'il est un grand explorateur. Il est convaincu de cela dans toutes les fibres de son être. Même sa famille s'est aperçue qu'il aime courir le monde, découvrir, apprendre.
Il est insatiable, avec une soif d'apprendre et de découvrir telle que rien ne lui fait peur. Tout est prétexte à découvertes, à fous rires, à larmes qui se transforment en étonnement joueur.
Ce petit bonhomme aime la vie. Si petit soit-il, il est doté d'une faim d'ogre : celle de conquérir de nouveaux territoires et d'y amener ses amis pour y faire la fête et s'émerveiller ensemble.
Et voilà qu'en ce jour de printemps, il prend sa bicyclette et pédale dans la campagne. Les champs s'étalent là à perte de vue sous ses yeux. Les couleurs changeantes des saisons lui remplissent les yeux de beauté.
Il pédale, heureux, heureux de sentir le soleil lui caresser la nuque, heureux d'entendre l'air siffler dans ses oreilles tant il pédale à toute vitesse comme pour se griser. Et il pédale tant et plus qu'il ne se rend pas compte qu'il a déjà dépassé les limites du territoire qu'il connaît bien.
Profitant d'une descente, il cesse de mouliner et se laisse porter par la côte. Et c'est là qu'il s'aperçoit qu'il ne reconnaît plus rien : la végétation, les couleurs, les formes, la route, le son même des oiseaux est différent. Alors, il a un temps d'arrêt comme s'il avait un reçu un coup dans le ventre et, le souffle coupé, il se demande où il peut bien être.
L'appréhension est bien là et pourtant son côté explorateur prend rapidement la direction des opérations et il trouve le côté agréable de la situation : « Chouette, un coin que je ne connais pas encore ! ».
Et ses yeux se mettent à scruter le paysage. Ses oreilles se mettent à s'ouvrir comme deux oreilles d'éléphant géant. Ses narines se dilatent comme une entrée de tunnel. Sa bouche s'étire jusqu'aux oreilles comme un demi cercle. Heureux. Le voilà de nouveau heureux, notre bonhomme sur sa bicyclette.
Et en pédalant doucement cette fois pour profiter de ce nouveau lieu, il oblique sur la droite et prend un petit sentier qui part là. Pourquoi celui-là et pas celui qui part sur la gauche ? Et pourquoi pas celui qui part en biais là-bas plus loin ? Simplement parce que celui-là lui semble joli, agréable, avec une entrée qui ressemble à une jolie petite grotte en miniature. Miniature, oui, tant et si bien qu'il est obligé de baisser la tête pour éviter les branches des arbres qui descendent très bas vers la terre. Un sentier où l'on ne peut vraiment circuler que dans un sens ou dans un autre. Mais se croiser, ça non, on pourrait pas !
Et le petit garçon avance toujours et à un moment il décide de poser pied à terre et de continuer la route tout en tenant le vélo par le guidon. En regardant autour de lui, il voit des arbres seulement un petit peu plus grands que lui. Leurs branches sont entrelacées au point de laisser difficilement passer la lumière. La cime de ces petits arbres se replie en formant une voûte au-dessus de la tête du garçon.
Le trac commence à apparaître car il se dit que « non vraiment, il n'a jamais rien vu de pareil ». Il s'interroge sur le bout de ce chemin : « où cela va-t-il ? Qu'est ce qu'il y a là bas ? »
Et tout en se disant cela, les arbres tout à coup devant lui s'écartent comme pour le laisser passer. C'est comme s'ils étaient maintenant au « garde à vous », droits comme des « i » et si hauts qu'il fallait vraiment lever la tête pour voir le sommet.
Le soleil est toujours haut dans le ciel et, en baissant à nouveau la tête, l'enfant s'aperçoit qu'il est ébloui par tant de luminosité subite. Le temps de se réaccoutumer à la lumière et ce que voit l'enfant devant lui le stupéfie et le fige sur place tant d'étonnement que d'émerveillement.
Là, devant lui, se trouve une entrée de maison avec une inscription au-dessus de la porte en gros caractères dorés : LABYRINTHE.
Le petit garçon, en effet est arrivé à la porte du labyrinthe. Il n'a jamais entendu parler d'un tel lieu et il se sent un explorateur découvrant un nouveau continent avec de nouveaux rituels à apprendre, avec de nouveaux coins et recoins à visiter, avec des imprévus à résoudre.
Ce labyrinthe va lui révéler bien des surprises. Pas celles qu'il attend mais d'autres qui vont lui enseigner d'autres choses encore plus riches que ce qu'il peut imaginer.
Là où il va désormais, il va être livré à lui seul, à ses seules possibilités, à ses ressources, toutes ses ressources. Cela va devenir pour lui son lieu d'initiation. Celui en fait qu'il cherchait depuis qu'il était tout petit. Mais de cela, il n'en a encore qu'une conscience très limitée.
Et notre petit garçon décide de poser sa bicyclette contre le mur de la maison, à droite de l'entrée, afin d'avoir plus de liberté d'action. Il prend une grande inspiration et se dit que son but est de sortir de ce labyrinthe par l'autre porte et de revenir prendre sa bicyclette pour ensuite retourner dire à tous ceux qu'il connaît ce qui s’est passé, ce qu'il a découvert, ce qu'il a entrepris et réussit.
Et il rentre dans la maison du labyrinthe en avançant lentement, en assurant chacun de ses pas sur le sol et en regardant, écoutant tout, autour de lui. Il arrive maintenant dans une grande pièce voûtée. Les murs sont blancs et nus hormis une inscription qui à hauteur des yeux fait tout le tour de la pièce. Il est écrit en grosses lettres rouges : BIENVENUE A TOI ETRANGER. Et il se sent confiant.
Pourtant on n'a jamais vu d'entrée de labyrinthe sur laquelle était indiqué « bienvenue » !
Mais bon, voilà notre garçon qui aperçoit là, une porte en face de lui. Et il y va, tourne la poignée ronde de la porte qui tourne et, quand il tire la porte, celle-ci s'ouvre sans bruit. La pénombre qui est là devant lui demande à ce qu'il habitue ses yeux à l'obscurité. Et une fois cela fait, il voit une petite pièce ronde aux murs nus et blancs sans inscription et 3 portes en bois marron foncé. Il hésite. Et ouvre celle du milieu. Nouvelle pièce ronde encore plus petite. Murs blancs. 5 petites portes. « Ah ! » Se dit-il « Laquelle ? »
Son intuition lui dit de prendre la 1ère à gauche et il ouvre la 2ème porte en partant de la droite.
Et là un spectacle fascinant s'offre devant lui : une pièce qui ressemble à une cellule de prison. Un lit minuscule. Un broc à eau en étain. Une petite fenêtre avec des barreaux lourds. Une petite table en bois vieux d'au moins d'un siècle à en voir la poussière dessus. L'atmosphère est austère, lourde et prégnante.
Le cœur du garçon bat plus fort et il se demande ce que c'est que ce cinéma. Il rentre dans la pièce, sa curiosité est trop forte et il commence à regarder partout, à soulever le matelas, à sentir à l'intérieur du pot, et tout à coup c'est comme si d'explorateur il était devenu un prisonnier.
Il se sent envahi d'une crainte incompréhensible, d'une lourdeur qui lui pèse sur les épaules, d'une tristesse sans fond qui le recroqueville en deux. Et il s'assoit en boule sur le lit comme pour se protéger.
Et il reste prostré ainsi de longues, de très longues minutes, comme si les entités secrètes de ce lieu ancestral avaient pris possession de lui, l'avaient entouré de leur manteau de lamentations. Et il se met à pleurer sans pouvoir se retenir.
Tout à coup, une voix dans son cœur se fait entendre : « Tu ne peux pas rester là, ce n'est pas ta place. Tu dois simplement passer là et comprendre ce que ce lieu peut t'apprendre et repartir! » Au son de cette voix douce et bienveillante, son cœur se dénoue, il respire plus profondément et il revoit enfin pourquoi il est venu là, et pense à sa bicyclette qui l'attend dehors. Alors il se met debout, se secoue de la tête aux pieds comme pour chasser ses sensations étranges et bizarres dont il ne veut à aucun prix. Et il sort de la pièce par où il était rentré.
Et c'est en poussant un grand soupir de soulagement qu'il se retrouve de nouveau dans la pièce ronde aux 5 portes. Il prend quelques secondes pour se sentir bien d'aplomb et se rappelle subitement ce que lui avait dicté son intuition: « 1ère porte à gauche! ». Et il se dit que cette fois-ci, il va suivre cette voix et qu'il verra bien ce que cela donnera.
Et le voilà qui ouvre la porte indiquée. Celle-ci s'ouvre avec un petit couinement et il reste sur le pas de la porte pour découvrir ce que contient cette pièce. Et là, pareil, le spectacle est étonnant, sidérant pour une entrée aussi petite. Là, sous ses yeux : un paysage de forêt avec une cascade qui tombe d'une falaise d'au moins, d'au moins... mais alors d'au moins ... on ne peut même pas dire tellement c'est haut! La végétation est luxuriante. Tous les verts de la gamme des verts donnent l'impression d'être représentés. Et il y a même des oiseaux qui chantent un chant mélodieux et joyeux tout en volant de-ci de-là visiblement heureux de vivre dans pareil lieu. Et le sol, recouvert d'une terre grasse et fertile, douce sous les pieds forme un tapis épais et moelleux. Les fleurs qui poussent là sont éblouissantes et les odeurs inédites qu'elles dégagent sont d'une délicatesse telle que des frissons de bien-être ne peuvent que vous parcourir le dos et vous faire soupirer de douceur.
Pendant que le petit garçon avance maintenant dans ce lieu en découvrant tout cela, il s'arrête pour contempler la cascade qui dégouline là devant lui. Le bruit de l'eau ressemble à un concerto pour contrebasse et flûte traversière. Heureux de découvrir un tel lieu si enchanteur par son calme, sa sérénité, sa fraîcheur douce, l'enfant n'a qu'une envie : c'est de se baigner dans la rivière. Alors il se déshabille, et tout nu, se jette dans l'eau en faisant un splash retentissant.
L'eau, d'une limpidité et d'une clarté étonnante donne l'impression que c'est de l'air liquide. Et l'enfant nage, barbote, fait des ricochets, plonge sous l'eau, fait la planche. En un mot : il se détend et s'amuse. Sa joie est réelle, son plaisir absolu. Et c'est revigoré et comme neuf, nettoyé de toute la poussière de son voyage qu'il sort de l'eau à la recherche de ses vêtements.... Qu'il ne trouve pas!!!... Il a beau chercher, pas de vêtements. Un pincement au cœur : Le sentiment être tout nu et de devoir rentrer ainsi l'effraie.
Et tandis qu'il cherche toujours ses habits, il aperçoit un peu plus loin un tas qui ressemble à des vêtements. Stupeur ! Ce sont des vêtements neufs qui sentent bon le frais et tout doux au toucher. Il les met et s'étonne qu'ils lui aillent si bien. Comme s'ils avaient été faits pour lui.
En fait, il n'entend pas, au même moment, les oiseaux autour de lui qui lui chantent l'histoire du vêtement. En fait, ils essayent de lui dire que c'est eux qui se sont chargés de remplacer ses vêtements parce que, dans ce lieu, toute personne qui sort de l'eau doit porter des vêtements propres comme pour accueillir un nouveau né qui sort de l'eau. Le garçon n'entend pas, mais dans son for intérieur une voix lui murmure : « Merci. Merci! ». Et en écoutant cette voix, il se met à chantonner « Merci, merci… ». Ce que les oiseaux, bien évidemment, prennent pour eux et ils s'en vont heureux d'avoir rendu service.
L'enfant, tout frais à l'intérieur et à l'extérieur, commence à chercher une sortie car celle par où il est entré a disparu. Et il longe les murs de cette grotte d'aussi près qu'il le peut et ne voit pour tout et pour tout qu'une cavité qui descend dans la terre et qui est cachée derrière la cascade. Il se dit que ce doit être la sortie de cet endroit et commence à descendre dans cette excavation en faisant attention de ne pas glisser parce que les parois sont humides de gouttes d'eau de la cascade. Et un pas. Un autre. Encore un autre. Et... il trébuche... et dévale la pente comme sur un toboggan dans un jardin. Et il descend de plus en plus vite alors qu'il croit que le sol était bien au-dessus. Un nouveau pincement au cœur et ... l'émerveillement est le plus fort. Il se met à rire de ce nouveau jeu : « Un toboggan de terre » se dit-il « Quelle trouvaille ! ».
Et, au moment où il dit cela, c'est comme s'il était expulsé de la bouche d'un géant, éjecté d'un toboggan en pleine vitesse. Il se retrouve face contre terre sur un sol jonché de feuilles d'arbres qui ont amortit sa chute.
Quelques secondes pour reprendre ses esprits et le voilà qui relève la tête, regarde où il est et s'aperçoit avec stupeur qu'il est dans la même nature que celle où se trouve sa bicyclette. Alors il se retourne, s'assoit sur ses fesses et voit au-dessus du toboggan qu'il vient d'emprunter, une inscription : SORTIE.
Il regarde l'écriteau. Se regarde. Se touche pour s'assurer que tout va bien, qu'il ne rêve pas. Il se secoue et éclate tout à coup de rire. « J'ai réussi, j'ai réussi, je suis sorti. Je suis enfin sorti de cette maison enchantée! »
Et il court jusqu'à sa bicyclette, l'enfourche, reprend le sentier sous les arbres et retrouve la route familière en pédalant à toute vitesse ivre de bonheur et d'aventure à partager. Il se sent grandit tout à coup comme s'il venait d'accomplir tout seul quelque rite magique, et son énergie est décuplée. Et tandis qu'il roule, et roule, il rit à gorge déployé. Sa maison déjà apparaît là-bas. Et un instant, un nuage de gravité passe sur son front en pensant qu'une page vient de se tourner. Et le soleil dans le ciel lui redonne toute cette lumière que son cœur réverbère.
Il ne sait pas bien encore quelle page s'est tournée mais lorsque, aujourd'hui, cet enfant devenu homme pense à sa jeunesse, le souvenir du labyrinthe revient à sa mémoire et l'enivre d'une odeur toute particulière qui soulève encore et toujours son cœur de gratitude.
21 - L’ENFANT ET L’EAU
Histoire créée par Laurence Simenot
Un jour, un enfant tomba à l’eau, dans une rivière. Il eut peur. Il savait peu nager. Et il commença à se débattre dans l’eau, à lancer ses bras et ses jambes dans tous les sens. Et plus il faisait cela, moins il parvenait à se tenir à la surface de l’eau.
Il essayait de se raccrocher aux branches qui flottaient à la surface de l’eau. Il en atteignait une mais le courant était tel que le tronc d’arbre lui échappait des mains. Et il se fatiguait, se fatiguait à gesticuler ainsi.
Et tout à coup il réalisa quelque chose. Cela vint en lui comme un éclair, une voix indicible, un choc en lui, avec un goût de plaisir. Il réalisa que peut-être en cessant de se débattre il allait flotter à la surface de l’eau. Et il décida de tester, d’essayer cette technique.
Il se mit donc sur le dos, faisant la planche et, surpris, il vit le ciel au-dessus de lui, l’immensité du ciel. Il se détendit d’un coup et se rendit compte bientôt qu’il dépassait des troncs d’arbre et que certains de ces troncs étaient stoppés dans leur course par d’autres obstacles. Et lui avançait toujours, au rythme de son corps en même temps léger et lourd, flottant au gré du rythme de l’eau tiède, douce et fluide.
Et le courant l’emmena doucement et sûrement vers un endroit de la rivière où l’eau était paisible, calme, transparente, douce. Et son avancée cessa. Il se rendit compte qu’il pouvait toucher le fond, les pierres solides et fermes de ses pieds.
Il se mit debout, heureux, et il décida de profiter de cet instant de sécurité pour savourer le fait d’être dans l’eau. Et il commença à jouer avec elle.
Il la prit dans ses mains, s’en aspergea le visage. Il la sentit, la renifla, la regarda et vit les rayons du soleil jouer dedans.
Il goûta alors de plus en plus le plaisir d’être là et il se mit à nager sereinement dans cet endroit. Et à un moment, il sut qu’il savait nager avec joie, plaisir, bonheur, grâce et facilité….